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la transformation surprenante de Phil Derest
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La transformation surprenante de Phil Derest
trigue en suivant cette femme mystérieuse qui va et vient, cherchant à découvrir ce qui la rend si intrigante. Elle m’invite finalement dans son appartement, où nous avons un échange. Insatisfaite de sa condition, elle me confie sa veste et je deviens son garde du corps. Et me transforme symboliquement en panthère.
PHIL DEREST:SOLO PANTHERE:clip officiel
Ce titre est le nom de l’album de PHIL DEREST
www.philderest.com
Rictus : c’est presque l’histoire du film de Pasolini Accatone ?
Oui ! j’ai fait le storyboard, j’ai imaginé une histoire qui me plaît assez bien, puisqu’en même temps...
Rictus : Mais est-il encore possible de dépasser ces stéréotypes de la femme objet sexuel dans le blues ou le rock ?
Mais oui ! Justement !
La femme, elle est belle normalement. Elle est femme parce qu’elle est femme, et ce n’est pas parce qu’on va lui mettre des trucs de panthère à la con, des trucs de cul, que c’est toujours comme ça. Et finalement dans l’histoire, c’est moi qui me transforme, toutes ces tenues-là de merdouille, c’est moi qui les récupère.
Rictus : Et elle se libère dans le clip. Est-ce que c’est un fantasme non assumé finalement ? Ou que tu assumes ?
Que j’assume tu veux dire le...
Rictus : La transformation ?
Oui, mais j’assume complètement. Parce que je suis quelqu’un qui adore aussi ça. J’adore m’habiller, j’adore... Je peux commencer un concert normalement et il y a un moment où je vais péter un câble, du coup c’est comme ça.
Rictus : Tu connais Pierre Molinier ?
Ça ne me dit trop rien, non, mais...
Rictus : C’est un artiste français surréaliste qui faisait des photomontages érotiques d’autoportraits travestis et qui habitait Bordeaux.
Ah d’accord. Molinier. Mais j’ai un côté comme ça, un peu. J’aime bien aussi... Un univers, un peu, comme ça. Quand j’étais gamin, je m’inventais des trucs.
Rictus : C’est un bel endroit pour la vidéo, j’étais ravi de revoir ce lieu mythique du Studio Collectif & Cie (musique électroacoustique et acousmatique) où composait notamment Bernard Donzel-Gargand !
Personne ne voulait le faire. De tous les professionnels d’ici, personne ne voulait le faire.
Rictus : Tu as une plateforme pour diffuser ton dernier Album ?
Oui, je suis chez Inouï Distribution, une plateforme qui gère mes affaires, notamment au Canada. Le marché canadien est important pour moi en raison de la langue française et de l’intérêt constant à Toronto où on parle anglais par ailleurs.
Rictus : Combien as-tu combien de musiciens actuellement ?
Récemment, j’ai collaboré avec des professionnels hautement qualifiés, que je rémunérais généreusement. Mais actuellement, j’ai développé deux offres distinctes. La première consiste à jouer en solo, avec une guitare acoustique et une machine qui me permet de me produire partout en France. Plus récemment, j’ai introduit une nouvelle formule incluant une basse et une batterie, exécutées par des amis musiciens, qui partagent mon univers artistique. Ces collaborateurs sont des personnes exceptionnelles et ont une grande importance pour moi. Nous ne comptons pas nos heures, et ce trio me convient bien, malgré les enjeux inhérents, car je suis avant tout un guitariste rythmique plutôt qu’un soliste. Néanmoins, ce sont les paroles, les mélodies et l’atmosphère créée par notre musique qui m’intéressent le plus.
J’ai eu l’opportunité de travailler avec Stéphane Reynaud, le batteur de Jean-Louis Murat, sur un clip vidéo, collaboration qui s’est avérée très enrichissante. Il m’a prodigué de précieux conseils, étant donné que travailler en trio présente également ses propres défis. Je suis responsable de la guitare et du chant, et il peut être complexe de passer de la guitare à l’harmonica ; cela nécessite une section basse-batterie particulièrement solide. Par ailleurs, d’un point de vue économique, cette formule semble rencontrer un écho favorable auprès des organisateurs.
J’aurais voulu que l’organisateur refuse en me disant que ce n’était plus la même musique et au lieu de ça, il me sort « C’est l’économie qui fait l’esthétique ».
Rictus : Et justement, comment tu vois l’évolution de la scène musicale actuelle, et la place de celle-ci dans cette économie ?
Alors, je vais te sortir une phrase qui m’horripile mais il faut bien la sortir parce qu’elle vient du dernier programmeur chez qui j’ai joué là-bas à l’Auditorium de Lure. J’avais initialement le projet à 5 musiciens qui est celui du disque et à la suite de problèmes, je suis revenu avec un trio. Pour moi, c’était une catastrophe ce que j’allais faire d’un mec qui avait des machines, avec un son de système… J’aurais voulu que l’organisateur refuse en me disant que ce n’était plus la même musique : « Tu joues de la guitare sèche avec des machines et ce n’est pas ça que je voulais » et au lieu de ça, il me sort « C’est l’économie qui fait l’esthétique ». Et là, je me suis dit, qu’aujourd’hui on était prêt à tout entendre pourvu qu’il y ait une économie. Et j’ai refusé et nous sommes venu finalement à quatre en mettant une annonce pour trouver un guitariste. Je ne suis pas dans le style comme ce groupe aux Inouïs au printemps de Bourges où il y avait trois filles avec un mec avec un MacBook Pro et puis la fille chantait mais il n’y avait rien sur la scène. Ce n’est pas mon histoire ça, ce n’est pas ça pour moi la musique. À 61 ans, je fais ce que je veux et je ne me reconnais pas dans les nouveaux styles musicaux où il n’y a presque rien sur scène.
Rictus : J’ai vu que tu avais participé à l’aventure avec Télécran.
Non pas vraiment, c’est Lolo Red Doctor qui a fait les arrangements de l’album qui était en collaboration avec Télécran. Il est le beau-frère de Florent de Soyouz, le chanteur de Télécran, et se distingue par son approche visionnaire et moderne. Cependant, nous avons pris des directions différentes car il préférait utiliser des machines pour produire la musique, ce n’est pas mon chemin artistique.
Rictus : As-tu d’autres rencontres qui t’ont transformé en tant qu’artiste ?
Elle est arrivée un peu par hasard ! Grâce à Henri Serafini, guitariste d’Annecy et leader du groupe Turbulences que j’ai rencontré Laurent Thibault, ancien ingénieur et réalisateur pour Jacques Higelin, et reconnu pour son travail au château d’Hérouville. Il m’a de suite marqué profondément et m’a enseigné de nombreuses techniques vocales.
Je suis resté quinze jours avec Laurent Thibault, travaillant intensément sur mes textes. Il m’a partagé ses expériences de collaboration avec des artistes renommés tels que David Bowie, Iggy Pop et Jacques Higelin. Cette période a été extrêmement enrichissante pour moi. Je prévois de retourner chez lui à Angers, près de la Loire, pour enregistrer un single avec le trio en octobre.
Laurent m’a encouragé à revenir sur mes morceaux dans un style rock, en live, avec basse, batterie et Fender Telecaster, sans ajout superflu, afin de capturer l’essence brute de la musique. Les anecdotes partagées par ces grands professionnels, comme Dominique Blanc-Francard, sont inestimables. Ils ont notamment évoqué leurs méthodes pour placer la guitare avec Bowie, le piano et la voix avec Jacques Higelin. Leurs conseils ont également façonné ma manière de chanter et ont considérablement enrichi ma vision du mixage.
Rictus : J’imagine que tu as dû avoir des moments de forte émotion ?
Durant trois mois, j’ai travaillé intensément avec ses conseils. Je suis revenu et j’ai été profondément ému par un morceau intitulé « Acuerdate ». Ce titre figure sur l’album « Solo Panthère » en espagnol. J’étais très ému au studio, entouré des membres de Miossec, et j’ai versé quelques larmes. Leur réaction a été chaleureuse, ils ont tous applaudi. Cet épisode a marqué une réalisation personnelle importante pour moi. Malgré mon sentiment d’humilité, j’ai eu le privilège de collaborer avec ces artistes ainsi qu’avec Laurent Thibault.
Rictus : Laurent Thibault a fait Champagne pour tout le monde… Caviar pour les autres ?
Oui, Il a fait disque d’or avec Jacques avec No Man’s Land, Champagne et Caviar et fait plus un nombre incalculable d’albums avec Iggy Pop, David Bowie, T.Rex, Alice Cooper, Fleetwood Mac, Marvin Gaye, Nina Hagen, John McLaughlin, Sham 69, Bad Company, Sweet, Ritchie Blackmore’s Rainbow, Michael Schenker Group, Popol Vuh, et bien d’autres encore… C’est une légende qui travaille encore beaucoup aujourd’hui et aime transmettre son expérience aux plus jeunes... [2]
Rictus : J’adore « Dans mon aéroplane blindé » sur Champagne, il y a un côté avant-gardiste
Oui, bien sûr. Mais... Laurent Thibault a fait après, « j’aime bien regarder les filles », premier tube FM, il n’est pas propriétaire des bandes mais il a fait avec Patrick Coutin pendant l’été 81. Il m’a avoué que son seul regret avait été de ne pas avoir travaillé avec Alain Bashung [3] qui était dans l’alcool, un truc qui n’était pas trop beau à voir, une noirceur, une défonce profonde, ce n’est pas facile de travailler avec ce genre de relation.
Rictus : Tu vas retourner à la Cabane Bambou à Juigné-sur-Loire pour un but précis ?
Je retournerai au Studio Château de la Loire, chez Laurent, en octobre 2025 pour enregistrer un nouveau single intitulé « La décélération ». Bien que ce titre soit déjà disponible en version « machine », je prévois de le produire sous une autre forme.
Rictus : Quand tu dis en mode « machine », ça veut dire quoi ?
Il n’y a pas de batterie, seulement des claviers et un harmonica. Je voulais m’amuser en ajoutant un synthétiseur, harmonica et ma voix et tout ça en mode arpeggio. En fait, c’est plutôt que je ne voulais plus jouer avec un DJ soundsystem, aujourd’hui, sur scène je souhaite revenir à un trio rock basique. Je suis heureux de reprendre une Telecaster et de la faire sonner dans un bon ampli Vox à lampes tout simplement.
Rictus : et tu arrives à tourner ?
Il y a de moins en moins de tourneurs intéressés par le Blues Rock. Après Bashung et Jean-Louis Murat, il n’y aura plus personne. Les festivals sont maintenant dominés par le rap, laissant les amateurs de Blues ou de Rock isolés. Cette musique ne correspond plus à la jeunesse actuelle.
Rictus : Le rap c’est 85% des productions.
J’ai néanmoins un respect pour eux vient du fait qu’ils chantent en français, ce qui est important pour préserver la poésie de notre langue. Murat soutenait la chanson française, car chanter dans sa langue maternelle est touchant et authentique.
Je suis heureux de participer au festival Festho’Rock le 28 juin à Thorens-Glières, un événement établi depuis des années avec des artistes que j’admire comme Red Retam’. L’année dernière, bien que le festival soit gratuit, il a été un succès et vit grâce aux ventes de boissons. Cette année, ils espèrent compenser les pertes de l’an passé et éviter la pluie.
Rictus : Que défends-tu dans tes paroles ?
J’ai écrit une chanson sur les problèmes climatiques, intitulée « Décélérations ». Elle traite de la nécessité de ralentir économiquement. Cela me perturbe car j’utilise du matériel chinois sur scène, ce qui me pose un problème chaque jour. Je défends cette cause en partageant mes réflexions. J’aborde ces sujets notamment après avoir lu des articles dans le Monde diplomatique sur le printemps silencieux.
Rictus : Peut-être un jour il n’y aura plus de bruit au printemps ? un printemps où l’on n’entendrait pas le chant des oiseaux parce qu’ils seraient tous morts à cause des pesticides. [4]
Il est regrettable pour notre avenir de noter que certains scientifiques prédisent la disparition des sons naturels, comme ceux des oiseaux. J’ai récemment composé une nouvelle pièce qui sera bientôt disponible, et cela m’amène à réfléchir au monde que nous laisserons derrière nous. Bien que je n’aie pas d’enfants, ma femme dit souvent que je suis comme un enfant, car elle trouve que j’ai un comportement enfantin. Actuellement âgé de 56 ans et approchant de la retraite, je passe beaucoup de temps à créer. Aujourd’hui, j’ai à peine mangé parce que j’étais concentré sur une nouvelle composition.
J’estime que l’essence de la création réside dans la recherche permanente d’un univers personnel.
Rictus : Après ce projet, tu vas te lancer dans l’AI ?
Non, car ce qui m’intéresse, c’est la création. Créer est plus important pour moi que de simplement jouer. Jouer est satisfaisant, mais c’est l’aboutissement du processus créatif qui compte vraiment. C’est pourquoi je suis sceptique vis-à-vis de l’intelligence artificielle. L’acte de créer est essentiel à mes yeux, c’est un processus vital.
Si l’on se repose uniquement sur l’intelligence artificielle, cela pourrait nuire à l’authenticité de la création artistique. La satisfaction ne doit pas seulement venir de la production d’une œuvre, mais du processus de création lui-même. Bien que je sois en faveur du progrès, comme le montrent des artistes avant-gardistes tels que Brigitte Fontaine et Philippe Katerine, j’estime que l’essence de la création réside dans la recherche permanente d’un univers personnel. Des artistes comme Gérard Manset, qui a peu fait de concerts, ont réussi à créer des univers marquants, et c’est cela qui a de la valeur.
Il faut que je regarde l’heure parce que j’ai rendez-vous à 19h.
Rictus : oui, nous te remercions pour cette interview pleine de chaleur humaine et on se donne rendez-vous le 28 juin au Festival à Thorens-Glières.
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Festho-off solidaire :
le samedi 28 juin 2025 à 19h00 Place d’Esnandes, Thorens-GlièresLa Vieille garde
Red Retam’
Phil Derest
Les p’tits joueurs
Nawak Obamo
Gratuit
Ouverture des portes 16h
16h -19h : animations famille (jeux, maquillage) et musical (interlude // scène ouverte de 17h à 19h)localiser
Notes
[1] La pédologie est une science ayant pour but d’étudier la pédogenèse, c’est-à-dire la formation et l’évolution des sols, notamment au travers de plusieurs taxonomies des sols.
[2] https://www.radiofrance.fr/personnes/laurent-thibault
[3] Son beau-père Roger lui offre pour ses cinq ans un harmonica Rosebud qui sera son jouet préféré. L’enfant s’évade de l’ennui solitaire avec la radio. Ses premiers émois musicaux sont les valses de Strauss, Wagner ou Kurt Weill...
[4] Printemps silencieux (titre original : Silent Spring) est un livre écrit par la biologiste Rachel Carson et publié aux États-Unis par Houghton Mifflin en septembre 1962. Ce livre est connu pour avoir contribué à lancer le mouvement écologiste dans le monde occidental.
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actu presse
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